En Occident, les monnaies ont souvent — surtout en réflexe d’éducation — une valeur intrinsèque : on pense d’abord nature du métal et poids, comme si la pièce portait sa fortune dans le bronze ou l’argent. Ce n’est pas le même partage d’idées en Chine impériale.

Deux logiques : le métal « compté » et l’unité de compte

Réflexe occidental (héritage gréco-latin) : la monnaie métallique se rapproche d’une quantité de matière précieuse ; on lit vite la collection comme accumulation de couverture en métal.

Logique chinoise (schéma utile) : la pièce est un objet de circulation et une unité dans un dispositif où l’empire ajuste les flux (masse en circulation, confiance) ; le cuivre ou le laiton ne valent pas « en soi » comme un lingot qu’on pèse pour connaître le patrimoine — ce qui prime, c’est qu’elle tourne, qu’on la rende, et qu’on accepte d’y couper s’il faut rendre la monnaie.

Occident (schéma mental fréquent) Chine impériale (même période, autre fil)
Lien fort entre titre au métal et valeur d’échange ; tendance à la thésaurisation du précieux. Lien fort entre émission, quantité circulante et rôle de compte (y compris ajustement « lourdes / légères » des masses).

Les premières monnaies chinoises étaient des outils utilisés quotidiennement (bêche, couteau). Un peu plus tard, les outils eux-mêmes n’ont plus été utilisés en paiement, mais des monnaies qui les représentaient ont commencé à circuler.

En Chine, les monnaies sont de simples objets. Elles sont fabriquées en métal commun. Elles n’ont donc pas de valeur en soi mais sont de simples outils de régulation de marchés. Dans cette optique, peu importe le métal constituant la monnaie, ce qui importe c’est qu’elle circule et qu’elle ne soit pas conservée, comme cela peut être le cas avec des monnaies en métal précieux.
L’empereur contrôle les flux de monnaie en fonction des flux de grains, sur lesquels il n’a pourtant pas de contôle possible. C’est l’explication des monnaies lourdes ou légères.
Lorsque les récoltes sont importantes, l’empereur émet des monnaies pour en acheter le fruit à bon prix et le stocker. La masse monétaire est donc importante, la valeur des monnaies diminue, elles sont dites légères. Quand les récoltes sont plus mauvaises, il revend les stocks accumulés et récupère ainsi les monnaies émises auparavant. La masse monétaire en circulation diminue, la valeur des monnaies augmente, elles sont dites lourdes.

Les monnaies étant considérées uniquement comme des objets, tout ce qui ressemblait à une monnaie (amulette, jeton …) pouvait donc être utilisé comme moyen de paiement. Ce qui importe avec ces monnaies, c’est la confiance qu’ont les utilisateurs en le fait qu’ils pourront l’échanger contre des biens ou des services.
De ce fait, pour rendre la monnaie, il n’était pas rare de couper les pièces en morceaux.

C’est grâce à, ou à cause de, cette conception du système monétaire que les Chinois ont inventé le papier monnaie. Les transports et crédit à distance (Tang) et les billets de contrepartie et d’État prolongent logiquement ce réseau de confiance — voir la synthèse des réformes et, pour l’interconnexion des places, circulation et crédit (Tang).

Cette différence de principe avec le système monétaire gréco-latin est difficile à comprendre pour un occidental. Lorsque Marco Polo, revenu de son voyage en Chine, a rapporté cette façon de faire en ce qui concerne les billets de la dynastie Yuan, personne n’a voulu le croire.

Ce système monétaire traditionnel a pris fin en 1889, lorsque la Chine a commencé à frapper ses premières monnaies en argent, sous l’influence des Anglais.